Partie 4 : De l’obsolescence programmée du projet THT HAUTE-DURANCE : TURPITUDES

TURPITUDES

2015: Réforme du tarif d’utilisation du réseau électrique, la TURPE 4, sans grand bruit, des milliards changent de main.

Historiquement, le financement du réseau a été assumé par les gros consommateurs plus que leur coût réel. Il coûte bien plus cher de tirer un réseau en campagne que dans des grandes zones d’habitation ou des zones industrielles. D’un financement essentiellement porté par les industriels, le coût est transféré vers les particuliers au nom du prix à la consommation du réseau de ces derniers. C’est vrai que le particuliers coûte plus cher, mais est-ce juste socialement après lui avoir imposé un tout électrique ? Il en sera de même du financement des énergies renouvelables via la CSPE. A charge aux consommateurs d’électricité de payer la politique d’extension des énergies renouvelables. Si vous consommez de l’électricité renouvelable fournie par ENERCOOP vous payez une taxe pour financer les énergies renouvelables. Énergies dont le développement est rendu onéreux par la multiplication des normes et barrières administratives. Le consommateur de gaz, de fuel, lui ne paye rien, logique non ! Mais revenons à notre réseau électrique, faire payer en fonction du coût réel un réseau est l’argument avancé pour le réseau électrique. L’idée semble excellente, mais pourquoi s’arrêter au milieu du gué et ne pas faire payer cher les utilisateurs du chauffage électrique, ceux qui nous obligent à surdimensionner notre réseau. Peut-être que cela rendrait prohibitif le chauffage à grille pain. Quand la collectivité paye 30 000 € pour renforcer un réseau pour une maison tout électrique, lui faire payer serait juste. Mais l’idéologie du marché s’arrête toujours là où elle commence à être gênante pour les gros utilisateurs. Le réseau routier en est l’exemple, nous faisons assumer aux voitures particulières une grosse partie du coût du transport par camions alors qu’ils usent les infrastructures, les ponts, polluent l’air…

Mais tout aussi remarquable est la décision inaperçue sauf des spécialistes de ne plus beaucoup moduler le prix du réseau selon l’heure de consommation comme il l’est fait depuis 40 ans pour les gros consommateurs. Ainsi pour les gros consommateurs consommer la journée ne coûte plus que 1c€/KWh de plus que la nuit pour l’utilisation du réseau (sauf heures de pointe 9h-11h et 18h-20h).

Si ce consommateur a négocié un contrat dit de marché, contrat maintenant à la tête du client, il peut avoir le même prix de production toute la journée, voir toute l’année. Les conséquences sont importantes en termes de réseau. Ce consommateur, par exemple une station de ski, aura intérêt à étaler sa consommation la journée. Un immeuble pourra être chauffé la journée pour payer moins d’abonnement.

Le résultat est que la pointe du réseau 05 va d’elle-même se lisser progressivement.

Une autre révolution commence à émerger sur les réseaux, les réseaux dits “intelligents”. L’intelligence est certes un bien grand mot pour expliquer que l’on met de l’information dans des réseaux électriques. Dans des réseaux intelligents est pris en compte la  production et la taille des réseaux et pas uniquement la consommation. L’idée est très simple : au lieu de faire correspondre la production à la consommation à chaque secondes, il est possible de faire l’inverse. En effet beaucoup de consommations électriques sont reportables ou peuvent être étalées .Ce qui était impossible il y a un siècle l’est maintenant.

Prenons les premiers d’entre eux: le chauffage électrique à accumulation ou les cumulus électriques

Nous voyons bien que leur déclenchement à  22h pour les planchers chauffants et des cumulus de particuliers à 1h du matin fait passer la demande en chauffage de 30 à 90 MW sur la ligne Haute-Durance. Il serait possible d’étaler la demande toute la journée ce qui ferait passer la pointe à 55 voire 60 MW, la réduisant de 30 MW. La même ligne peut alors encaisser une augmentation de 20 % de consommation.

Prenons un gros consommateur comme un supermarché, sa consommation est importante en froid, il utilise beaucoup d’électricité. Il peut stocker ce froid et faire tourner ses compresseurs quand le courant est moins cher. Un industriel qui utilise du chaud ou de l’air comprimé peut mettre une réserve en place et faire tourner son compresseur à vitesse optimale, quand il le souhaite… Le réseau est soulagé et la consommation s’adapte à la production intermittente. Un industriel qui commence à surveiller sa consommation et l’optimise baisse sa facture de 25% rapidement, mais chut ne le dites pas, les économies d’électricités sont mal vues en France. Réseau intelligent veut aussi dire consommation intelligente. La baisse de la demande pour les réseaux est importante. Un industriel qui maîtrise sa consommation d’électricité peut facilement devenir auto producteur et autoconsommer, ce qui engendre aussi une baisse de demande sur le réseau.

Si c’est la fin du monde dit un proverbe, il faut aller dans les Hautes-Alpes, il y a toujours 20 ans de retard. Le projet RTE s’inscrit parfaitement. En effet, la base de la réflexion du projet est l’augmentation de la pointe à cause de la multiplication des chauffages électriques et les demandes des stations sans voir venir que :

– la pointe s’écrase sous l’effets du réchauffement

– la pointe va s’écraser à cause du marché.

– la pointe peut être écrasée pas les réseaux intelligents.

– La production locale en autoconsommation va émerger car elle déjà rentable. L’autoconsommation au niveau d’un quartier serait la réponse la plus intelligente à avoir, l’autonomie d’un foyer étant une absurdité écologique et financière. La mutualisation est la solution mais nécessite une réappropriation des réseaux locaux par la population.

-Le prix de l’électricité va augmenter fortement ce qui provoquera une forte baisse de la consommation.

– la demande peut être réduite rapidement avec des investissements rentables : la consommation d’eau chaude représente souvent en station la consommation des chauffages : la réduire par deux est à portée de main même si on peut aller jusqu’à 5 fois moins: récupération de chaleur des eaux usées, chauffeau thermodynamiques, solaires pour les campings et les particuliers le long de l’année….la pose de régulation performante, l’isolation de bâtiments permettrait de fournir du travail local et réduirait les couts variables des locations. Les opérateurs touristiques louent parfois des appartements sans couvrir les frais variables et l’on s’étonne que les lits froids fleurissent.

Mais encore plus fort, va-t-il y avoir encore une telle pointe? Se pose également la question du climat et du changement climatique. Depuis 5 ans le nombre de DJU (dégrées jours unifiés) qui mesure la rigueur de l’hiver a baissé de 25%. Cet hiver 15-16 sera celui des records. Ces records vont tomber régulièrement. Dans 10 ans ils seront sûrement réduits de moitié.

Petite digression sur le mignon et romantique BOIS ENERGIE qui lui aussi réduit la consommation électrique :

La ruée sur le bois énergie est importante, spectaculaire. Parée de vertu écologique c’est l’énergie la moins chère, elle amène de nombreuses personnes à délaisser le chauffage électrique. De nombreuses interrogations amènent à critiquer cette fausse solution écologique : la pollution de l’air est massive et les dégâts écologiques de déforestation énormes. Quant à la neutralité carbone du bois il s’agit d’un mythe, brûler du bois rejette du CO2 en quantité (voir article ici) .Quand à faire de l’électricité avec du bois pour en faire du chauffage au nom de l’écologie, on atteint des records digne des Shadocks (voir article) .   Je renvoie les lecteurs à nos nombreux articles sur le sujet…

Le résultat est que la  consommation électrique subi la concurrence du bois.

 LE CANON A NEIGE Coupable ?

L’enneigement artificiel n’est pas possible en dessous de 0°C; en pratique il faut au moins -3 °C pour fonctionner correctement. Après deux décennies d’augmentation de la consommation des canons à neige, nous assistons déjà à une stagnation due aux mauvaises conditions météorologiques. Dans 10 ans, la moitié des canons à neige ne serviront plus. Les 7 millions d’argent publics investis à Ceüze sont un exemple de cécité de nos élites locales.

Pour ces nombreuses raisons l’argumentation de la pointe comme nécessité de la rénovation est obsolète. Mais la ligne THT est l’arbre qui cache la forêt….

Nous refusons de voir l’évidence d’un emballement du réchauffement climatique qui fera des saisons de ski de deux mois et un forfait à 80 € ? Qui skiera ? Il est temps de se poser calmement le problème du développement de notre vallée. Les solutions sont difficiles mais le déni n’a jamais été la solution à aucun problème grave.

La production d’énergies renouvelables serait un chemin de reconversion, un pilier bienvenu.

Serre-Ponçon et les barrages hydro-électriques des Alpes sont en voie de privatisation, ne font -il pas partie du patrimoine commun ? Pourquoi les retombées sont-elles concentrés sur quelques communes ? Ne peut-on pas faire du O5, pays d’eau, de pentes et de soleil le pays de l’hydro-solaire, le mariage de l’hydraulique et de l’énergie solaire photovoltaïque qui permet un stockage de l’énergie ?

ENR coupable ?

L’argument avancé aussi pour les lignes électriques est le développement des énergies renouvelables  dans le département. Dans le nord du département l’éolien ne sera pas présent, il y a peu de vent dans nos vallées à part au sommet difficile à raccorder. Il existe en PACA le département le plus venté de France, les Bouches du Rhône. Le solaire et l’hydraulique sont les deux sources importantes d’énergies renouvelables. Dans son scénario 100 % Energies Renouvelables électrique en 2050, l’ADEME prévoit des soucis dans le réseau et  l’extension du réseau de THT à partir de 40 % de solaire et d’éolien dans réseau électrique français. Nous sommes à 2 % en France et 3 à 4 % en PACA, la marge est grande. A 100 % d’ENR, l’ADEME ne prévoit pas d’usine de stockage pour la région PACA ni de création de ligne THT  interrégionale!  Les raisons? la région est déjà multi-raccordé car elle ne produit que 40 % que ce qu’elle consomme. Le projet Haute-Durance prévoie 50 MW d’exportation pour les énergies renouvelables de la Haute Durance cela semble beaucoup pour une région qui importe du courant! Produire localement nécessite plus de ligne selon le type de réseau l’on choisit. Ceci serait-il  valable si on utilisait le barrage de Serre-Ponçon à autres chose que du chauffage électrique ?

Le développement d’énergies renouvelables décentralisée et d’un réseau intelligent en micro-grid accueillerait ces renouvelables sans besoin de transport aussi important.

EXPORTATION COUPABLE ?

L’argument aussi avancé est l’exportation en Italie. SI l’Italie reste pour EDF le seul marché ou le nucléaire est compétitif, il reste une interrogation de taille. Qu’exporte-t’on d’une région déficitaire ? Si une région peut exporter en l’Italie c’est la région Rhône-Alpes qui produit trois fois sa consommation, ce qui est mis en pratique avec les 400 MW supplémentaires de liaison sous le tunnel de Modane, liaison enterrée à 100 %.

Le jour où couverte de panneaux solaires notre vallée produira trop de courant, elle aura du mal à l’exporter en Italie qui développe son parc à plus grande vitesse. En effet il fera soleil en même temps. L’Italie a décidé d’aller comme l’Allemagne sur un chemin 100% renouvelable, pour des raisons géostratégiques. De Gaulle, le père du nucléaire français serait surement un ardant promoteur des ENR, au grand dam de ses descendants….

ET SI LE COUPABLE ÉTAIT JUSTE LA DÉMESURE ET L’AVEUGLEMENT

Le passé ne plaide pas en faveur de nos élites quant à leur clairvoyance, il se peut que la taille de ses lignes soit simplement due au fait que dans la France actuelle notre élite prolonge les lignes de croissance comme si la croissance exponentielle était possible dans un monde finie.

NE PLUS PROLONGER DES LIGNES ET PASSER DU GACHIS A L’INTELLIGENCE

Publié dans THT

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